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Yoga et vomissements

Vomissements volontaires – Une technique de yoga pour améliorer les fonctions pulmonaires chez l’homme en bonne santé

 

 

Résumé

Le vomissement est un réflexe autonome complexe orchestré par plusieurs centres neurologiques du cerveau. Vagus, le nerf crânien joue un rôle clé dans la régulation des vomissements. Kunjal Kriya (Vomissements volontaires) est une technique de nettoyage yogique qui consiste à provoquer volontairement des vomissements après avoir bu de l’eau salée (5%) à jeun. Cette étude a été conçue dans le but de comprendre l’effet des vomissements volontaires sur les fonctions pulmonaires chez des praticiens expérimentés et des novices et d’en déduire les applications thérapeutiques possibles. Dix-huit personnes en bonne santé se sont portées volontaires pour l’étude, dont neuf avaient une expérience antérieure de ViV et neuf non. Des tests de la fonction pulmonaire ont été effectués avant et après 10 minutes de repos après le ViV. L’analyse de la covariance a été réalisée ajustée pour le sexe et les valeurs de base. Aucun changement significatif n’a été observé entre les sexes. Les résultats de la présente étude suggèrent une augmentation significative de la capacité vitale lente [F (1,13) = 5,699; p = 0,03] et volume inspiratoire forcé en 1ère seconde [p = 0,02] et réduction du volume de réserve expiratoire [F (1,13) = 5,029; p = 0,04] ​​et le taux respiratoire [F (1,13) = 3,244, p = 0,09]. Ces modifications suggèrent le rôle possible du ViV dans l’amélioration de l’endurance des muscles respiratoires, la diminution de la résistance des voies respiratoires, une meilleure vidange des poumons et la prédominance vagale, respectivement. Nous concluons que la pratique régulière du ViV améliore l’endurance des muscles respiratoires et diminue la résistance des voies respiratoires. Ces résultats indiquent également la nécessité d’une compréhension scientifique du ViV dans la gestion du mal des transports et des affections pulmonaires restrictives telles que la bronchite et l’asthme bronchique.

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Mots clés

Kunjala Kriya
Vomissements volontaires
Fonctions pulmonaires
Yoga
Kriya

1. Introduction

Le yoga est une pratique de style de vie globale qui implique des pratiques pour le corps, l’esprit et l’intellect, par le biais de postures physiques (asanas), d’une régulation volontaire de la respiration (pranayama), de pratiques de purification (kriya) et de la méditation (dhyana). Le yoga est pratiqué en Inde depuis des milliers d’années. Des études ont établi le bénéfice thérapeutique des pratiques de yoga indépendamment du fait qu’un individu soit obèse [1], hypertendu [2], [3], diabétique [4] ou même atteint d’un cancer [5], [6]. Les pratiques de yoga sont efficaces non seulement pour réguler le système nerveux autonome, mais également pour réguler de manière bénéfique l’expression des gènes [7]. Avec toutes les preuves disponibles pour éventuellement suggérer le yoga comme une intervention non pharmacologique pour plusieurs maladies liées au mode de vie et les maladies non transmissibles, le mécanisme sous-jacent fondamental de plusieurs pratiques reste inexploré. Cette étude a pour objectif de comprendre l’adaptation physiologique des fonctions pulmonaires à la suite de Kunjal Kriya (vomissements volontaires – ViV), une technique de nettoyage yogique chez des praticiens expérimentés et débutants. Il n’existe pas de littérature scientifique disponible documentant la sécurité et les effets psychophysiologiques du ViV jusqu’à ce jour, faisant de la présente étude un nouvel effort. En dépit de la pratique considérée comme «comportant un risque considérable» par les professionnels de la santé modernes, la sécurité de cette pratique est testée dans le temps et aucune complication n’a été rapportée.

 

Hatha Yoga Pradipika, une ancienne écriture sainte sur le yoga, décrit le Kunjal Kriya (Vomissements provoqués volontairement – ViV) comme l’une des six techniques de nettoyage permettant de nettoyer le corps et de réguler l’esprit [8]. Suite à la pratique du ViV, un individu ressent subjectivement le vide de son estomac. Les praticiens traditionnels suggèrent que la fièvre aiguë, l’infection viscérale, la hernie et les troubles cardiovasculaires sont des contre-indications à la pratique. Gherenda Samhita, un ancien traité de yoga affirme que cette pratique quotidienne permet de guérir les affections du foie et de la rate [9].

Le vomissement, mécanisme de survie conservé au cours de l’évolution chez l’homme et plusieurs organismes, est considéré comme l’un des réflexes autonomes les plus complexes orchestrés par plusieurs centres neurologiques du cerveau. Le stimulus se manifeste par une réponse ordonnée par une salivation excessive, une inhibition de la motilité gastrique normale, un mouvement rétro-péristaltique, un relâchement du sphincter oesophagien inférieur, une tachycardie, une sudation, une rétention de respiration et une contraction des muscles abdominaux et thoraciques. Bien que les vomissements soient l’un des signes cliniques les plus courants, la compréhension de sa neurobiologie et de sa pertinence pour le maintien est incomplète. Les états actuels de compréhension, le vagus en tant que modérateur clé des vomissements, se manifestent par une coordination stricte du nucleus tractus solitarius avec une région postréma, des centres vestibulaires du tronc cérébral, des régions sensorielles et émotionnelles et plusieurs autres régions du cerveau [10].
Le ViV est une pratique courante chez les patients atteints de boulimie, à part l’abus de laxatifs et l’abus de diurétiques provoqués par une perception déformée de l’image corporelle. Les complications du ViV répété comprennent l’érosion dentaire et la décoloration des dents. En raison du contenu acide entrant en contact avec l’œsophage, le pharynx et l’oropharynx, des symptômes d’enrouement, de mal de gorge, de toux sèche et de difficulté à avaler sont rapportés [11].

ViV immédiatement après que la nourriture ait été considérée comme une maladie psychiatrique. Dans la littérature ancienne sur le yoga, la pratique du ViV après la consommation d’eau salée dans un estomac vide serait bénéfique sur le plan thérapeutique. Par conséquent, cette étude a été conçue dans le but de documenter la sécurité de sa pratique et éventuellement d’explorer un mécanisme d’action du ViV du point de vue des pratiques de yoga.

2. Matériels et méthodes

Un dépliant a été affiché dans les salles de classe des étudiants en médecine, naturopathie et yoga, au sujet de l’étude. Les participants ont été recrutés après avoir obtenu un consentement éclairé écrit. Dix-huit volontaires ont été recrutés dans deux groupes: novices et expérimentés. Tous les participants ont été informés de l’étude et un consentement éclairé écrit a été obtenu. Tous les volontaires recrutés pour l’étude étaient en bonne santé. Un centre de traitement médical d’urgence était disponible pour faire face aux complications imprévues. Le groupe expérimental et le groupe novice comprenaient neuf individus de chaque groupe âgés respectivement de 19,2 ± 0,9 ans et de 19,6 ± 0,7 ans. Des volontaires ayant effectué plus de quatre fois le ViV ont été recrutés dans le groupe expérimenté. Il y avait 5 hommes et 4 femmes et 7 hommes et 2 femmes respectivement dans les groupes expérimentés et novices.
La pratique du ViV consiste à boire de l’eau salée tiède (5%) le matin à jeun, en position accroupie jusqu’à ce que la personne ressente une sensation de plénitude ou de nausée. Il est ensuite recommandé à la personne de se tenir debout et de se pencher en avant du bas du dos et de déclencher volontairement les vomissements en touchant doucement la racine de la langue et de la luette. Il est observé qu’avec la pratique, le déclenchement du vomi peut être requis une fois ou pas du tout, alors que chez les novices, il est nécessaire de déclencher trois à quatre fois jusqu’à ce que la plus grande partie de l’eau consommée soit vomie. Les participants se sont reposés en position couchée et ont relaxé volontairement tout le corps pendant 10 min après les vomissements. Les tests de la fonction pulmonaire ont été effectués conformément aux directives standard [12] immédiatement avant et après la pratique du ViV à l’aide du système Schiller Spirovit SP-1.

Une analyse de co-variance (ANCOVA) a été réalisée pour comprendre les changements entre les groupes, ajustés pour les valeurs de base et le sexe. L’indice de masse corporelle (IMC) n’a pas été considéré comme une covariable dans notre étude car tous les volontaires des deux groupes avaient un IMC de 20,1 ± 0,4 kg / m2. Aucune différence significative n’a été observée entre les sexes.

 

  1. RésultatsLa capacité vitale lente [F (1,13) = 5,699; p = 0,03] a augmenté dans le groupe expérimenté par rapport aux novices. La comparaison au sein d’un groupe a montré un changement contrasté avec une augmentation significative de la capacité vitale lente (CSV) dans le groupe expérimenté (p = 0,01) par rapport à la réduction significative observée chez les novices (p = 0,02). Volume de réserve expiratoire (VRE) [F (1,13) = 5,029; p = 0,04] ​​a diminué de manière significative chez les novices par rapport à une augmentation non significative du nombre de praticiens expérimentés. La comparaison au sein d’un groupe a indiqué une réduction significative de la VRE chez les novices (p = 0,04) alors qu’aucun changement n’a été observé dans le groupe expérimenté. Une réduction de la fréquence respiratoire (RR) a été observée chez les patients expérimentés (p = 0,01) et les novices (p = 0,03), l’ampleur de la réduction étant plus importante dans le groupe expérimenté [F (1,13) = 3,244, p = 0,09 ]. Une augmentation significative du volume inspiratoire forcé en première seconde (FIV1) a été observée dans le groupe expérimenté (p = 0,02) (tableau 1).Tableau 1. Le tableau représente la moyenne ± écart type des volumes pulmonaires mesurés chez les novices et les expérimentés avant et après 10 minutes après le ViV.

 

Variables Experienced Group Novices Group F Sig. (ANCOVA) p value Partial Eta Squared
Pre Post p value Pre Post p value
SVC 2.61 ± 0.6 3.04 ± 0.4 0.017a 3.02 ± 0.3 2.56 ± 0.3 0.027a 5.699 0.033x 0.305
ERV 0.87 ± 0.2 0.97 ± 0.5 0.588 0.86 ± 0.1 0.57 ± 0.4 0.044a 5.029 0.043x 0.279
IRV 0.91 ± 0.4 0.87 ± 0.4 0.679 0.93 ± 0.3 0.93 ± 0.5 0.996 2.029 0.178 0.135
FVC 2.61 ± 0.5 2.71 ± 0.5 0.533 2.71 ± 0.5 2.47 ± 0.7 0.208 1.042 0.326 0.074
PEF 6.63 ± 1.9 6.64 ± 1.6 0.990 7.62 ± 1.4 6.98 ± 1.8 0.170 0.172 0.685 0.013
FIVC 2.52 ± 0.5 2.58 ± 0.5 0.579 2.81 ± 0.3 2.65 ± 0.3 0.116 0.390 0.543 0.029
FIV1 2.36 ± 0.4 2.49 ± 0.5 0.021a 2.75 ± 0.4 2.55 ± 0.3 0.131 1.268 0.280 0.089
PIF 4.10 ± 1.4 4.34 ± 1.2 0.561 4.83 ± 1.2 4.44 ± 1.4 0.075 1.163 0.300 0.082
RR 15.28 ± 4.3 10.69 ± 2.7 0.01b 16.36 ± 5.0 13.44 ± 2.3 0.032a 3.244 0.095 0.200
TV 0.82 ± 0.1 0.99 ± 0.4 0.179 0.72 ± 0.1 0.87 ± 0.4 0.264 0.041 0.843 0.003

Niveaux de signification tels qu’ils ressortent de la comparaison au sein d’un groupe utilisant le test t apparié: a p ≤ 0,05; b p ≤ 0,01; c p ≤ 0,001.

Niveaux de signification tels qu’ils ressortent de la comparaison de groupes à l’aide de l’Analyse de la covariance ajustée pour tenir compte des différences de genre et de base: x p ≤ 0,05; y p ≤ 0,01; z p ≤ 0,001.

SVC – Capacité vitale lente; VLE – Volume de réserve expiratoire; IRV – Volume de réserve inspiratoire; FVC – Capacité vitale forcée; PEF – débit expiratoire de pointe; FIVC – Capacité vitale inspiratoire forcée; FIV1 – Volume inspiratoire forcé en 1ère seconde; PIF – Débit inspiratoire de pointe; RR – Fréquence respiratoire; TV – Volume de marée.

4. Discussion

La présente étude a été conçue dans le but de comprendre le rôle du ViV sur la fonction pulmonaire. Tous les volontaires étaient en bonne santé et n’ont signalé aucun symptôme clinique à la suite de l’intervention toute la journée, ce qui laisse penser à la sécurité de l’intervention. Ce travail est la première étude menée pour comprendre la physiologie de (ViV) en tant qu’intervention autonome chez des participants sains.
Les résultats de la présente étude suggèrent une augmentation significative des SVC et FIV1 dans le groupe expérimenté par rapport à la réduction significative des SVC et des ERV dans le groupe novice. L’augmentation de la SVC doit être attribuée à un meilleur fonctionnement du diaphragme [13]. Ces modifications suggèrent que le ViV pourrait jouer un rôle dans l’amélioration de l’endurance des muscles respiratoires, la diminution de la résistance des voies respiratoires, une meilleure vidange des poumons et la prédominance vagale, la pratique suggérant une adaptation du système pulmonaire. Le volume pulmonaire réduit dans le groupe des novices doit être attribué au stress psychologique inhérent à la pratique du ViV pour la première fois. Les deux groupes ont signalé une réduction significative de la fréquence respiratoire. L’analyse post-hoc de notre étude a montré une puissance statistique de 0,75, avec une taille d’effet de 1,32 et un t critique de 2,119 indiquant une forte preuve.

Vagus, le dixième nerf crânien orchestre le réflexe de vomissement. Deux mécanorécepteurs afférents vagaux distincts de l’estomac: l’extrémité laminaire intra-ganglionnaire (IGLE) et le réseau intramusculaire (IMA) répondent à la contraction de la distension et des muscles lisses et fonctionnent également comme récepteurs de la tension [14]. Ces afférences vagales acheminent les informations mécaniques vers le nucleus tractus solitarius (NTS) à partir de l’estomac via le jugulaire et le ganglion nodose [15]. Le NTS, situé à l’intérieur de la barrière hémato-encéphalique en dehors de ses connexions avec les afférents vagaux de mécanorécepteur vagal de l’estomac, a également des connexions neurologiques intenses avec des zones de contrôle de la respiration [16], des zones sensorielles et émotionnelles du cerveau et les centres vestibulaires du tronc cérébral [17 ]. Le NTS est également lié à la zone postrema qui sert de chimiosenseur, détectant tout changement chimique dans le sang.

Après distension de l’estomac, le NTS signale au noyau moteur dorsal du vagus d’initier le vomissement. La décharge neuronale des afférences vagales diminue, entraînant un relâchement du tonus de la paroi gastrique et une réduction de la production d’acide [18], [19]. Les signaux NTS augmentent les fonctions diaphragmatiques grâce à ses connexions mono-synaptiques avec le groupe respiratoire ventral rostral et caudal [20]. Simultanément, le NTS signale les muscles lisses respiratoires, les glandes sous-muqueuses et le système vasculaire pulmonaire [21] à travers le noyau ambigu afin de réduire la résistance des voies respiratoires, faciliter une meilleure expiration, la clairance muqueuse et une meilleure diffusion de l’oxygène dans le système vasculaire [22]. De manière intéressante, l’intégration de la fonction cardiaque se produit également au niveau du noyau ambigu [10] – indiquant une influence probable du ViV sur les fonctions autonomes du cœur. Comme il n’y a pas de produits chimiques détectés par le noyau rétro-trapézoïdal et la zone postrema, le mécanisme de survie évolutive des vomissements provoquant des vomissements sera conservé.
Des études sur le mal des transports suggèrent que la respiration diaphragmatique est une intervention non pharmacologique efficace [23]. Nous pensons que la pratique régulière du ViV peut permettre à l’individu de contrôler les symptômes associés au mal des transports grâce à une meilleure respiration diaphragmatique. Les résultats des novices de la présente étude indiquent également que les vomissements pourraient être une réponse conservée par l’évolution pour soulager l’organisme des stimuli indésirables (choc émotionnel, psychologique ou perte d’équilibre en mouvement constant) et faciliter la relaxation en favorisant la prédominance vagale.

 

Des études antérieures ont montré que l’administration d’irritants légers, tels que 2 à 5% de chlorure de sodium, augmentait la sécrétion de prostaglandines et d’autres facteurs tels que l’oxyde nitrique, la leptine, la ghréline, la cholécystokinine et le peptide libérant la gastrine et facilitait la «cytoprotection adaptative» pour la protection de la muqueuse gastrique [24], [ 25]. Le traitement avec 5% de chlorure de sodium a amélioré le flux sanguin muqueux, la sécrétion muqueuse, la prolifération muqueuse et une diminution de la sécrétion acide [26]. En outre, la teneur en ADN dans le suc gastrique a diminué, indiquant une diminution des lésions de la muqueuse et du déchiquetage des cellules [27]. Fait intéressant, après exposition au chlorure de sodium, une nécrose histologique visible et une fuite de protéines plasmatiques dans la lumière gastrique ont été observées [28]. Ces découvertes distinctes indiquent également que Kunjal Kriya est un puissant agent de protection des ulcères. Cependant, des études sur des participants humains représentatifs sont nécessaires pour authentifier ces résultats préliminaires.

Comprendre l’impact de la pratique du ViV sur les changements biochimiques, les dents, le pharynx et l’oro-pharynx dépasse le cadre de la présente étude et doit être documenté dans les études futures. Des études plus approfondies sont nécessaires pour déterminer les changements psychophysiologiques et biochimiques consécutifs à la pratique et la fréquence de la pratique en toute sécurité doit être établie.

5. Conclusion

À partir de ce qui précède, nous avons conceptualisé le mécanisme d’action probable de ViV et les futures orientations possibles de la recherche (Fig. 1). Sur la base des résultats de cette étude, nous concluons que le ViV, lorsqu’il est pratiqué régulièrement, devrait être une technique permettant d’améliorer l’endurance des muscles respiratoires et de diminuer la résistance des voies respiratoires. Ces résultats indiquent également la possibilité d’utiliser la pratique du ViV dans la gestion du mal des transports et des affections pulmonaires restrictives telles que la bronchite et l’asthme bronchique.